Un référendum sur le climat, et pourquoi pas sur les huîtres ou la rotation du globe ?

Le référendum a-t-il encore une place à sa mesure dans notre démocratie ? Empêtré dans ses promesses vis-à-vis de la Convention citoyenne sur le climat dont il n’arrive pas à se défaire, Emmanuel Macron a trouvé la parade : annoncer un référendum pour inscrire dans la Constitution la défense du climat ! Ni plus ni moins…

Il y a dans cette décision une triple désinvolture humaine, démocratique et juridique.

Quel orgueil et quel ridicule tout d’abord de prétendre que l’homme à lui seul peut commander et dicter à la nature !

Sous prétexte de prise de conscience écologique, nos brillants esprits modernes ne peuvent sortir de l’anthropocentrisme qui les persuade d’être « maître et possesseur de la nature ». Croire que le réchauffement climatique n’est dû qu’à l’activité humaine est tout aussi grave et faux que de penser notre environnement comme une ressource illimitée à consommer de manière exponentielle.

L’esprit d’écologie est avant tout un esprit d’économie, c’est-à-dire la science du foyer, et partant de la gestion de ses ressources. Il est certain que le modèle économique de la croissance sans limite et désordonnée est une aberration, reflet d’une démesure égoïste et cupide.

Bref, s’imaginer qu’un référendum et une inscription dans la Constitution a le pouvoir de modifier un phénomène naturel sur lequel nous n’avons peu ou pas prise est au mieux une ambition prométhéenne peu sérieuse, au pire une diversion à peu de frais.

Et là, le visage politique d’Emmanuel Macron apparaît. Son utilisation des institutions pour occuper le champ médiatique en tentant de créer un populisme vert a les limites de son cynisme.

La Vème République avait, dès son commencement, sali le seul outil de démocratie directe qui avait survécu au parlementarisme en l’utilisant sur l’autodétermination de l’Algérie dans des conditions discutables de guerre ouverte et de contingent envoyé au front. Faussé par les événements en cours et la volonté métropolitaine de voir les appelés revenir au foyer, ce référendum avait été utilisé pour laver De Gaulle de sa responsabilité politique.

Un peu plus de 40 ans plus tard, le dernier référendum en date, celui sur le projet de Constitution européenne, a tout simplement été foulé aux pieds par le pouvoir en place. Nicolas Sarkozy a enterré publiquement la volonté du peuple français à Lisbonne avec la complicité d’un parlement-carpette.

Aujourd’hui Macron achève dans un mépris sublime de détruire l’essence même de la démocratie, la consultation directe du peuple, en la ridiculisant. Faisant mine de récupérer les revendications issues de la révolte spontanée des Gilets Jaunes, il aura en deux étapes utilisé et détourné le tirage au sort, puis le référendum.

Cette entreprise de sape est couronnée par une inscription symbolique dans la Constitution qui équivaut à jeter aux orties un référent juridique majeur pour un coup de com’ voué à s’évanouir dans les pages des journaux.

Macron, par son cynisme politique, scie la dernière branche sur laquelle il est assis. Indubitablement, et peut-être avant 2022, cette initiative apparaîtra pour ce qu’elle est : un énième détournement de la démocratie au profit d’une opération électorale sans autre considération de la France ou même de l’écologie.

Au contraire, il est temps de rendre à la politique ses lettres de noblesse et au peuple son droit souverain de se prononcer sur son avenir. A ce titre, les deux grands sujets sur lesquels le peuple doit être consulté directement est l’immigration, comme le recommande Eric Zemmour, mais aussi la dette publique.

La démographie et la liberté économique de la France sont les deux grands sujets de notre pays car ils commandent à son existence même : c’est donc sur eux qu’il faut être interrogé comme sur une question de vie ou de mort.