En mémoire d’Arnaud Beltrame (+2018)

A l’heure du bouleversement et de l’inversion permanente de toutes les valeurs fondatrices de notre civilisation, l’histoire de cet officier mort pour la Patrie bouscule notre tiédeur et ressuscite la vertu.

Dans notre siècle de fer où l’égoïsme le plus sec règne en maître, la grandeur du don ultime d’Arnaud Betrame a rappelé à toutes les consciences que quelques-uns étaient encore prêts à mourir pour une cause juste.

L’important n’est pas d’accélérer ou de retarder le cours des choses, notait avec justesse Georges Bernanos. L’important, disait-il, c’est aider à maintenir debout un petit nombre d’hommes capables de fierté.” Un petit nombre auquel appartient indéniablement le colonel.

La force morale des fanatiques islamistes repose sur un désir de mort qui va jusqu’à l’abolition de leur instinct de survie. Ils se moquent de la mort, de celle de leurs victimes et de la leur tout ensemble, parce qu’ils croient que celle-ci leur permettra d’accéder à un au-delà bienfaisant, que le meurtre des infidèles et des mécréants leur assurera la félicité éternelle en paradis.

A l’inverse, Arnaud Beltrame a, aussi, puisé dans sa foi la force d’affronter la mort. La différence majeure réside dans une nuance qui n’est pas que dialectique : l’un voulait tuer par haine, l’autre est mort par amour. Arnaud Beltrame n’a pas voulu être martyr, mais il était prêt, en héros, à en subir les risques.

Pour la première fois, de manière consciente et mesurée, un adversaire s’est interposé à la funeste volonté djihadiste, et a décidé de jouer sa vie pour avoir l’assurance d’en sauver une autre. Arnaud Beltrame a tout simplement posé l’acte qui caractérise au plus haut degré la nature de la charité.

« Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. », nous enseigne le Christ dans l’Evangile selon Saint-Jean, une lecture connue et méditée d’Arnaud Beltrame.

Beltrame n’est pas une victime. Il a tout de l’antique image d’Epinal de l’officier mêlant dans son attitude un mélange médiéval de sainteté et d’héroïsme. C’est cette attitude qui a percé jusqu’à la mémoire des Français pour de nouveau leur faire entendre le chant profond du courage, cette force qui vainc toutes les forces parce qu’elle vient du cœur.

« La guerre tue moins d’âmes que la paix », constatait Veuillot. Beltrame a préféré la mort du corps pour que vive l’esprit, celui de l’honneur et de la patrie, comme le lui avait appris sa formation d’officier.

C’est cet esprit que, par ce bien modeste hommage, nous devons porter aux générations présentes et futures.

C’est cet esprit de service et de droiture que nous nous devons de garder en mémoire pour ne pas succomber à la facilité de la lâcheté et du déni.

C’est cet esprit, enfin, que nous voulons voir triompher des forces des ténèbres qui s’abattent sur le monde.

Je prie aujourd’hui afin que la mort d’Arnaud Beltrame ne soit pas vaine.

Je crois qu’il n’y a pas de service inutile face à la chevalerie du néant et du chaos.

J’espère, enfin, que nous saurons vaincre nos propres peurs mesquines pour comprendre et retrouver le sens du sacrifice.

Gloire aux héros ! Vive la France !

Extrait du discours prononcé le 8 octobre 2018 pour le baptême de la rue Arnaud-Beltrame à Orange