Nous devons virer Erdogan !

« Vous n’avez d’autre choix que d’ouvrir les chapitres que vous n’avez pas ouverts. Si vous les ouvrez, très bien. Dans le cas contraire, au revoir. » Le 3 mai, Recep Tayyip Erdogan menaçait d’abandonner définitivement ses rêves fous d’une intégration de la Turquie à l’Union Européenne. Un rêve qui pourrait tourner au cauchemar, pour l’Europe, si la Commission Bruxelloise décidait de céder lâchement aux velléités d’un président devenu intouchable.

Depuis le supposé « putsch » manqué du 15 juillet et le passage du référendum (51.4% des suffrages) renforçant les pouvoir du président, Erdogan n’hésite plus à inscrire son chantage sur l’échiquier politique européen. Comme le soulignait Tancrède Josseran, attaché de recherche à l’Institut de Stratégie Comparées (ISC), voilà le Président turc devenu « pour les Européens un interlocuteur difficile et peu enclin au compromis». En témoigne son intervention à Ankara, le 22 mars : « Je m’adresse une nouvelle fois aux Européens […] La Turquie n’est pas un pays qu’on peut bousculer, dont on peut bafouer l’honneur », avait d’abord prévenu le Président avant de menacer :  « Si vous continuez de vous comporter de cette manière, demain, aucun Européen, aucun Occidental, ne pourra plus faire un pas en sécurité, avec sérénité dans la rue, nulle part dans le monde. »

erdEt pourtant : les cris d’alarme des censeurs de l’Union Européenne sont bien discrets… Avec 1120 membres supposés du mouvement de Fethullah Gullen arrêtés et plus de 100 000 personnes suspendues ou limogées dans le secteur de la fonction publique, les purges battent leur plein, sans que les chefs d’Etats européens ne semblent se décider à prendre position contre le nouveau Sultan ottoman. Ceux-là auront été plus vifs à intervenir au Proche-Orient, en des territoires où la déstabilisation des gouvernements s’avérait plus aisée…

Seize chapitres, sur les trente-cinq que comptent les négociations de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, ont été ouverts. Si certains pays européens se sont révélés plus hésitants à ouvrir grand les portes à la Turquie depuis le renforcement des pouvoirs de son chef d’Etat, la France a accueilli à bras ouverts les meetings de l’AKP en son sein. Nul doute qu’Emmanuel Macron, s’il accède au fauteuil de l’Elysée, regardera avec la même bienveillance que son prédécesseur la patrie d’Erdogan. N’avait-il pas indiqué, fin avril, qu’il fallait « qu’on puisse continuer à avoir une Union européenne, une France qui laisse la porte ouverte aux démocrates de la Turquie » ?