Un second tour en juin ? Bis repetita non placent

Le consensus est établi : le premier tour des élections municipales est entaché d’une lourde insincérité. Les électeurs ne se sont pas rendus aux urnes pour plus de la moitié d’entre eux : 55,25% d’abstention au niveau national et 57,64% à Orange. Du jamais vu pour l’élection la plus populaire dans le cœur et l’intérêt des Français !

Les causes sont connues. D’un côté, le gouvernement sonne le branle-bas de combat sur les risques de contagion du virus Covid-19. Il entame même les premières phases du confinement en annonçant le 13 mars la fermeture des écoles. D’un autre côté, il maintient l’élection municipale pour finalement, quelques jours après le premier tour, décider de reporter sine die le second et contraindre tout le pays à 55 jours de quarantaine.

Une abstention massive

Tenaillés entre l’incertitude et la crainte, beaucoup d’électeurs, surtout parmi les populations les plus fragiles et les plus vulnérables, n’ont pas osé prendre le risque d’aller voter. De même, de nombreuses familles avec des enfants en bas âge ont ajourné leur devoir électoral au regard de la situation.

Non content de cette première expérience largement bancale qui entraîne tout un ébranlement des élections suivantes, dont les sénatoriales programmées en septembre 2020, le gouvernement s’acharne sur un maintien du deuxième tour en juin. Si cette solution est retenue, le millésime 2020 sera une bien curieuse cuvée pour la démocratie. Car l’abstention de mars risque encore d’être plus forte, et de mémoire d’électeur, nul n’a jamais vu un tel écart entre les deux tours.

Face à cet état des lieux, il eût été plus sage et constitutionnel d’annuler ce premier tour, et de reporter l’élection à une période plus sereine. Première raison, l’éloignement des deux tours de scrutin et l’atmosphère générale qui rendent insincère le scrutin dans son ensemble. Deuxième raison, il est juridiquement difficile d’envisager deux types d’élus pour une même fonction : ceux élus en mars lors d’un premier tour pré-confinement et ceux élus à l’automne, par exemple, dans un contexte totalement différent.

Des recours à venir en pagaille

Maintenir ces choix retenus par l’exécutif, c’est ouvrir la voie à une foule de recours devant les tribunaux administratifs qui auront à juger un cas inédit certes, mais dont la légalité est grandement entachée de doute et de contestations.

Pendant toute la durée de la crise, le mensonge et l’incertitude ont guidé l’action de ce gouvernement. Par peur de dire des vérités simples aux Français, aucune ligne claire n’est tracée. La confusion règne et le trouble est général. Tout cela nuit gravement au bien commun. Des masques aux élections, en passant par la réouverture des écoles, il est temps de mettre fin aux discours contradictoires et de confesser une fois pour toutes les mauvais choix pour partir sur de bonnes bases.

De la même manière que tout le monde sait qu’il fallait des masques pour tout le monde dès le début de l’épidémie, tout le monde sait qu’il faut refaire les élections municipales à une nouvelle date pour respecter la démocratie.