Macron : la diplomatie du pire

Après l’interventionnisme militant qui a rythmé le quai d’Orsay ces derniers quinquennats, difficile de croire que pire politique diplomatique puisse être menée dans les années à venir. Naïvement, on songeait que jamais l’approbation coupable de Laurent Fabius quant au « bon boulot » des djihadistes en Syrie en 2012 puisse être égalée. Et pourtant, l’acharnement aveugle dont la gauche a fait preuve contre le gouvernement syrien au fil des cinq ans pourrait connaître un pire destin : Emmanuel Macron.

Pétri de contradictions, celui dont le discours ressemble chaque jour un peu plus à celui d’un directeur marketing cherche à satisfaire un électorat trop large. Alors que la campagne battait son plein, le candidat à la présidentielle, en recherche désespérée d’une stature diplomatique convenable, s’est rendu au Liban où il a assuré que l’éviction du président Bachar Al-Assad ne constituait un préalable aux négociations internationales. Une décision qu’il contredira, de retour en France, en soutenant une intervention militaire en Syrie sous l’égide de l’ONU après une attaque chimique dont le coupable reste à ce jour indéterminé.

emmanuel_macron_0Cette posture versatile ponctue l’ensemble du discours diplomatique d’Emmanuel Macron. De « Bachar, un dirigeant qui a failli »[1], le président syrien devient quelques minutes plus tard « Bachar un dictateur qui a failli et qui a commis des crimes ». Oublié la lutte prioritaire contre l’Etat islamique : désormais, pour Emmanuel Macron « L’ennemi du peuple syrien, c’est Bachar al Assad »[2] . Fortuite, la menace terroriste : il « faut [désormais] travailler […] pour le [ndlr. Bachar al Assad] sortir du jeu »[3]. Une attitude dangereuse, dont le caractère changeant risque de ridiculiser cinq années de plus une France déjà meurtrie par son image de veule suiveur des positions atlantistes …

A ce sommet d’indécision, déroge cependant l’attitude du candidat à la présidentielle quant aux chrétiens d’Orient. Pour l’aspirant au siège de l’Elysée, les chrétiens ne doivent faire l’objet d’une attention plus accrue que les autres communautés du Proche-Orient. « Je ne veux pas jouer une communauté contre l’autre. […] Il faut tenir le même discours d’équilibre, comme pour la laïcité en France», soulignera au Liban le candidat face au Patriarche Bechara Raï. Alors même que le Prélat maronite confiait récemment que « les chrétiens, […] sont davantage affectés [par] l’état de guerre, la violence, les problèmes de sécurité et la crise économique […] parce qu’ils sont moins nombreux »[4], Emmanuel Macron n’aura même pas la décence de reconnaître le martyre que subissent aujourd’hui des millions de chrétiens chassés de leurs terres ancestrales partout au Proche-Orient. N’aura la décence de reconnaître qu’il est inaudible, pour les chrétiens d’Orient, de s’entendre proposer un « discours d’équilibre », à l’heure où son peuple est touché chaque jour un peu plus par le joug d’un Etat islamique qui a juré sa perte.

[1] 6/04/2017. France Info.

[2] Déclaration sur BFM TV, 05.04.2017.

[3] France info. Op. cit.

[4] http://www.riposte-catholique.fr/osservatore-vaticano/episcopats-locaux-ov/le-patriarche-des-maronites-craint-lhiver-arabe