Jacques Bompard défend les paysans face à Christian Mounier

M. Jacques Bompard, maire d’Orange, souhaite réagir aux propos de M. Mounier, vice-président du Conseil départemental de Vaucluse en charge des questions agricoles.
En effet, M. Jacques Bompard a découvert avec étonnement, dans Vaucluse Matin, le souhait de M. Christian Mounier d’écrire à tous les propriétaires agricoles afin de les forcer à louer leurs terres. Selon le vice-président du Conseil départemental, deux raisons inciteraient à agir en ce sens. D’abord, lutter contre la friche agricole. Deuxièmement, répondre aux injonctions du Préfet qui est en droit de demander aux propriétaires de louer leurs terres afin d’éviter les friches supposées.
D’abord, il se trouve que le problème de la friche agricole n’est pas que la conséquence du refus des propriétaires de louer leurs terres. D’une part, elle résulte de la spéculation foncière en secteur péri-urbain, qui conduit inévitablement à un morcellement des exploitations et à une impossibilité à terme d’opérer une exploitation viable et rentable de ces parcelles. D’autre part, ces friches sont aussi la conséquence d’un abandon des terres à cause d’une non-reprise d’activité par la descendance des exploitants. Et puis, la location de ces terres n’avantage en rien les agriculteurs étant donné que les productions agricoles sont sous-payées car elles ne sont pas rétribuées à leur juste prix, notamment par rapport aux exigences de chaque instant qu’elles réclament. De plus, il faut savoir que les prix des locations sont encadrés par arrêté préfectoral, en fonction des rendements et de la qualité des parcelles, et donc que la location n’est en rien un moyen de rentabilité à long terme. Enfin, la location d’une terre est un vrai risque de spoliation pour le propriétaire, étant donné que dans un bail agricole, le droit de renouvellement est de fait infini, et que l’exploitant ne peut même pas reprendre son bien lorsqu’il souhaite le vendre. Je comprends donc la réticence des propriétaires à répondre à l’appel du Conseil départemental puisque il n’y a rien qui puisse les favoriser dans une telle démarche.
Enfin, l’attitude de M. le vice-président du Conseil départemental est assez étonnante pour être soulignée, car M. Mounier est normalement le tenant d’un pouvoir décentralisé, et finalement il s’en remet à l’autorité centralisée, en devançant les attentes préfectorales. Or le rôle d’un élu local n’est-il pas de se préoccuper avant tout du sort de ses concitoyens, plutôt que de s’associer à la promotion d’une loi parisienne qui méconnaît la réalité du terrain et oppresse le monde agricole ?
Pour conclure, la solution ne serait-elle pas de changer l’ensemble des règles qui rend l’entretien de la terre non rentable, afin qu’elle puisse le redevenir de manière totalement naturelle ? Mais imaginer seulement en revenir à la normalité et au bon sens est totalement opposé au règne du prêt à penser qui domine la France.