Glyphosate : bientôt en Europe ?

Mars 2016 : le Centre International de recherche sur le Cancer (CIRC) de l’Organisation Mondiale de la Santé souligne le caractère cancérigène et mutagène du glyphosate. A peine un an plus tard, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) émet un rapport soulignant le contraire. Un revirement que les membres de l’Agence justifient à l’aune de l’examen d’études confidentielles conduites par des industriels, à l’inverse de l’officine de l’OMS, dont l’évaluation s’appuyait essentiellement sur la littérature scientifique.

Pourquoi une si nette contradiction ? Depuis près de deux ans, l’introduction du glyphosate en Union Européenne a été contrainte par les mesures de précaution suscitées par l’évaluation du CIRC. L’évaluation ne convainc guère l’ECHA, prompte à souligner qu’isolé, le glyphosate ne présente pas de substance active. Et l’Agence de s’appuyer sur une étude américaine (American Health Study) pour démentir la conjonction entre exposition au glyphosate et lymphome non hodgkinien (cancer du sang)… Deux affirmations auxquelles le CIRC répond prestement : associés à d’autres substances, le glyphosate peut facilement pénétrer dans les cellules de l’organisme : or, ce sont bien à ces substances mélangées auxquelles la population est exposée… Par ailleurs, l’étude brandie victorieusement par l’ECHA n’étudie l’impact du glyphosate sur ses utilisateurs qu’à courte échelle dans le temps, ce qui ne permettrait pas de faire état des maladies suscitées par le produit plusieurs années après exposition.

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Du côté de Monsanto, chaque jour apporte son nouveau lot de preuves contrariantes pour la société qui fait un usage inconditionnel du produit dans son pesticide le plus célèbre (Roundup). A l’heure où l’ECHA annonçait l’absence de dangerosité du produit, on apprenait que la société Monsanto disposait de connivences dans l’Agence de protection de l’environnement (EPA) aux Etats-Unis, qui auraient pu lui permettre d’éviter le classement potentiellement dangereux de son produit. De même, le 14 mars, une cour fédérale de Californie ordonnait la levée de scellés sur des documents faisant état des témoignages de victimes ayant attenté une action contre Mosanto suite à la contraction d’un lymphome non hodgkinien. Et la fuite de certains mémos confidentiels risque d’embarrasser l’entreprise, accusée d’utiliser le personnel de l’ECHA[1] à son avantage et de falsifier des documents scientifiques dans l’objectif de légitimer son produit[2].

Une fois le rapport de l’ECHA adopté, il restera à la Commission Européenne de décider ou non, si le glyphosate peut être utilisé en Union Européenne. D’ici la fin de l’année 2017, il sera fait jour sur le caractère néfaste ou non d’un produit dont Jacques Bompard demande depuis près d’un an qu’il soit en soit évaluée la dangerosité. « Nous enjoignons une application stricte du principe de précaution », soulignait le député dans sa proposition de résolution. Reste à espérer que la Commission Européenne fasse de même.

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Jacques Bompard a interrogé le Ministre de l’Environnement : » Madame le Ministre compte-t-elle intervenir auprès de la Commission Européenne pour souligner la potentielle dangerosité d’un produit nécessitant un véritable examen avant son introduction en France ? Interrogerez-vous les membres de ladite Commission pour qu’il soit fait lumière sur les rapports incestueux entre les laboratoires Monsanto et les Agences pour l’Environnement ? », lui a-t-il demandé.

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[1] Le Monde s’est procuré un mémo soulignant que l’expertise préliminaire aurait été copilotée par un dénommé Jessie Rowland (de l’ECHA), dont le département déplore une conduite affranchie du cadre de travail usuel de l’agence. L’un des cadres de la société a souligné que le dénommé Rowland « pourrait nous être utile dans la défense du glyphosate que nous organisons actuellement ». Le monde, 17.03.2017, p.6, Les experts européens blanchissent le glyphosate.

[2] Un autre cadre de Monsanto a écrit à ses collègues en indiquant qu’il était possible de faire face à l’expertise du CIRC en produisant un article scientifique favorable au glyphosate tout en rémunérant des scientifiques pour qu’ils le signent. Une attitude qu’ont immédiatement démentie les porte-paroles de Monsanto. Op. cit. p.6.