Sur la vente abusive de médicaments sans ordonnance

médicaments sans ordonnanceM. Jacques Bompard interroge Mme la secrétaire d’État, auprès de la ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, chargée des droits des femmes sur la vente abusive de médicaments sans ordonnance, sur leur efficacité et sur les prix croissants de ceux-ci. Des enquêtes récentes démontrent que la moitié des médicaments les plus vendus en pharmacie sans ordonnance sont dangereux pour les consommateurs et certaines constatent une augmentation des prix. En effet, en cas de rhume, de maux de ventre, des troubles intestinaux, il est inutile d’aller courir à la pharmacie acheter un quelconque sirop ou comprimés contre la toux puisque « la plupart sont inefficaces, quand ils ne sont pas carrément à proscrire en raison d’un rapport bénéfice-risque défavorable en automédication ! » Une étude du magazine 60 millions de consommateurs, a évalué que c’est le cas de vingt-sept médicaments sur soixante et un des médicaments les plus vendus en pharmacie. Ces médicaments « comportent trop de contre-indications et des effets indésirables disproportionnés pour soigner des maux passagers » déclare le journal. Certains médicaments « devraient être retirés du marché » du fait de leurs formulations aberrantes, de l’association de substances qui décuplent les risques d’accidents cardio-vasculaires et neurologiques. Seuls 13 d’entre eux ont un rapport bénéfice-risque favorable et sont « à privilégier ». De plus, selon cette même enquête, vingt autres médicaments sont classés « faute de mieux » en raison d’une efficacité « faible ou non prouvée ». Leur prise peut s’accompagner de manifestations indésirables diverses (somnolence, etc.). Par ailleurs, dans les listes d’ingrédients, on peut relever la présence de substances indésirables comme de l’alcool ou des allergènes potentiels. Comment expliquer que seule une minorité de médicaments en vente libre, parmi les plus demandés, soit efficace et inoffensive ? Par conséquent, ces études montrent que ces médicaments, bien que vendus sans ordonnance, ne sont pas « des produits de consommation comme les autres ». Ils sont à l’origine d’au moins 18 000 décès et environ 150 000 patients sont hospitalisés à cause d’effets indésirables provoqués par leur traitement ou d’erreurs médicamenteuses. Ceux-ci sont déclenchés par le mauvais usage des médicaments, des effets secondaires inattendus, l’automédication ou la mauvaise prescription. Ce sont les personnes âgées qui paient le plus lourd tribut, selon la Haute autorité de santé, les accidents sont deux fois plus fréquents après 65 ans. Un problème de santé publique « d’autant plus préoccupant que ces incidents pourraient pour la plupart, être évités ». Ensuite, le prix des médicaments vendus sans ordonnance est en général moins élevé que lorsqu’il est vendu derrière le comptoir, affirme l’association Familles rurales (Observatoire des prix des médicaments, janvier 2016). L’accès libre signifie que le médicament peut être pris directement par le patient, qui peut ainsi comparer lui-même son prix à d’autres produits similaires. « En comparant les prix, le consommateur peut économiser en moyenne 4 euros et jusqu’à plus de 5 euros sur une boîte (…) s’il existe plusieurs présentations pour un même produit », souligne l’association. L’accès libre est opposé à une vente « derrière le comptoir », où le pharmacien vend un produit visible mais non accessible directement, et à une vente où le médicament n’est pas visible. L’accès libre serait ainsi en général plus favorable au porte-monnaie du patient. La tendance est bien à un élargissement de cet accès dans les pharmacies, souligne Familles rurales. L’article R. 4235-64 du code de la santé publique qui demande au pharmacien de ne pas « inciter ses patients à une consommation abusive de médicaments » ne semble pas respecté. Enfin, on peut déplorer une augmentation de 4 % des tarifs de ces produits depuis 2010, malgré la volonté du Gouvernement en 2008 d’une baisse des prix par un meilleur accès des médicaments. « L’objectif du décret de 2008, autorisant le libre accès de certains médicaments afin d’amorcer une baisse des prix n’est donc toujours pas atteint ». De plus, les écarts de prix entre pharmacies restent très importants pour ces produits, dans un rapport qui se situe en général entre 1,6 et 2,7. Il y a donc un véritable enjeu à relever afin de « mieux protéger les consommateurs » en révisant la législation. Il est demandé au ministre quelles mesures il entend prendre afin d’assurer la sécurité des consommateurs.

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