“Vous êtes en France : bienvenue chez les fous !”

Dans sa chronique hebdomadaire du Figaro magazine, Eric Zemmour explicite sous ce titre toute l’absurdité contemporaine de la justice et du traitement médiatique des faits divers qui saccagent le doux rêve du prêt-à-penser.

Le fait divers a une immense qualité, celle de mettre en perpétuel échec l’optimisme politique. Hors la curiosité malsaine qui peut animer certains aficionados, le fait divers est un véritable outil révolutionnaire, c’est le réel qui fracture la porte du monde des bisounours et de l’Empire du Bien. Laurent Obertone l’a magistralement démontré avec son premier livre, La France Orange mécanique. C’est pourquoi tous les chœurs du prêt-à-penser s’acharnent à nier jusque dans la relation d’évènements non politisés la force du réel : ils changent ou ne citent pas les noms des auteurs d’actes criminels, taisent certains actes, ne mentionnent pas les mobiles revendiqués par les auteurs, et trouvent toutes sortes de circonstances atténuantes à coup de sociologie gauchiste qui inonde depuis 50 ans toutes nos institutions.

Le publiciste revient sur l’assassinat de Sarah Halimi, cette vieille dame tuée à Paris par son voisin Kobili Traoré au cri de « Allah Akbar ».

Après plusieurs années de procédures et autant d’expertise, le suspect a définitivement été considéré comme fou au moment des faits. Les mobiles antisémite, voire djihadiste, n’ont pas été retenus. Pire, l’homme étant sous l’emprise des stupéfiants lors de son acte ignoble, cet élément a joué en sa faveur. « La justice est bonne mère. La république aussi, écrit Zemmour. Quand un homme boit avant de tuer, c’est une circonstance aggravante ; quand il fume du cannabis, c’est une circonstance atténuante ! »

Malheureuse concomitance, à peine venais-je de lire le dépit d’Eric Zemmour que la presse locale m’informait que Fissenou Sacko échappera aux assises, un troisième collège d’experts ayant conclu à l’abolition de son discernement malgré le carnage dont il est l’auteur présumé. Le 26 décembre 2016, Renée Chevalier, une Orangeoise de 65 ans mourait lapidée sur le parking d’un supermarché. C’est l’une des quatre victimes de cet individu, lequel aurait entendu des voix avant de se lancer dans une ruée meurtrière à travers la Drôme et le Vaucluse le soir de Noël.

Ayant déjà interpellé le ministère de la Justice via le député Lorho, j’ai de nouveau apporté par écrit mon soutien à la famille qui demeure dans l’incompréhension et la révolte face à cette absence de procès.

Sorti de prison en 2016, le suspect parle même de fonder une famille lorsqu’il sortira de l’hôpital psychiatrique… Comme Kobili Traoré, Fissenou Sacko est fou. « Cinglé. Maboul. Dingue. Irresponsable. (…) Magnifique trouvaille. Magnifique excuse. Les SS d’Oradour qui ont brûlé des femmes et des enfants ? Fous. Les milices staliniennes qui affamaient les Ukrainiens ? Fous. (…) Tous fous. Tous cinglés. Tous irresponsables. »

Ironie du prêt-à-penser, à la fin les criminels et ceux qui alertent la société sur le danger qu’ils représentent se retrouvent avec la même étiquette accolés.

Les tueurs islamistes ? Des fous dégagés de toute responsabilité, nous dit-on. Ceux qui les dénoncent ? Des islamophobes, des racistes, des déments d’un autre genre, nous avertit-on. Et le polémiste de conclure, « Il n’y a plus de débats, plus de conflits politiques, plus d’affrontements idéologiques. Plus de militants, plus de combattants, plus d’ennemis. Plus de responsables. (…) Rien que des fous et des asiles psychiatriques où les enfermer. »

Dans la France du prêt-à-penser, il n’y a plus de démocratie puisque le débat est impossible, puisque l’ennemi n’est plus un adversaire politique mais un fou bon à psychiatriser. Cela porte un nom : le totalitarisme. Certes celui-ci est plus mou dans sa forme que ses aînés du XXème siècle mais il est tout aussi destructeur pour l’intelligence et les libertés.

Dans la France du prêt-à-penser, les vrais fous tuent en toute tranquillité, sans procès, attendant douillettement d’être libérés, tandis que les derniers lucides sont accusés de dérèglement mental, ceux-là écopant un jour ou l’autre d’amendes et de geôles.

Dans la France du prêt-à-penser, l’asile est à ciel ouvert.