Plan Santé : le cautère de Macron sur la jambe de bois de la médecine

Après un été difficile rythmé par le report du plan Pauvreté, l’affaire Benalla, le départ de Nicolas Hulot, la hausse du chômage et le retour en force de l’inflation, Emmanuel Macron se devait d’agir vite s’il voulait prendre à revers la dégringolade vertigineuse de sa côte de popularité.

C’est alors qu’il a décidé de s’attaquer à l’épineux problème du système de santé en France, dossier noir qui cumule déficits de l’assurance maladie, épuisement et manque de personnels encadrant et soignant, déserts médicaux et arrivées inquiétantes de médecins étrangers.

Autant d’enjeux primordiaux pour l’avenir de la médecine française qui pendant des décennies était considérée comme la meilleure médecine en Europe.

Autant dire que Macron se devait d’être au rendez-vous avec un plan de réformes ambitieuses. Il n’en fut rien. Même l’effet placebo des mesures annoncées ne se fera pas ressentir par le milieu médical. Le journal Le Monde ne s’y trompait pas en parlant d’ « un plan tous azimuts » soulignant bien l’imprécision et le caractère dérisoire des mesures présentées, insistant sur le fait que « le plan se révèle assez consensuel ».

Macron prévoit en effet de salarier par des hôpitaux des médecins dans les déserts médicaux, les obligeant à travailler comme de bons fonctionnaires, durant 35 heures, sans que cela ne permette de répondre par ailleurs à la pénurie de médecins. De plus est envisagée la création de 4.000 postes d’assistants médicaux, en priorité en milieu rural, afin de préparer la prise en charge des patients par le médecin. Soit quelque chose de purement inutile et de coûteux, puisque l’assistance ne peut se faire que dans les lieux où il y a déjà la présence d’un médecin généraliste, qui n’a d’ailleurs besoin de personne pour réaliser ses consultations.

Macron a également annoncé qu’il ne serait désormais plus possible pour un médecin d’exercer seul de manière isolé dans son cabinet. Il devra obligatoirement faire partie d’une communauté professionnelle territoriale de santé afin de partager son expertise avec ses confrères. Mais comment faire dans des lieux où il n’y a plus de généraliste ou de spécialiste ? Cela ne signifie t-il pas que ces réseaux auront tendance à sanctuariser la médecine de ville au détriment de celle des campagnes ?

Quant à la fin envisagée du numerus clausus remplacé par de nouvelles procédures sélectives, tout demeure encore suffisamment flou pour réformer considérablement le recrutement des futurs médecins. Et lorsque l’on sait que 20% des médecins inscrits à l’Ordre ont été formés à l’étranger, nous comprenons que cette concurrence devrait sérieusement être considérée. Mais le plan ne dit mot sur le sujet. Or, qui ne dit mot consent.