Marion Maréchal : observations d’un sceptique

Petite-fille de Jean-Marie Le Pen, fille de Samuel Maréchal, étoile filante de la politique locale (un mandat et puis s’en va !), désormais directrice d’école, le parcours de Marion sans Le Pen ne cesse de me surprendre. Pourtant, je dois bien confesser qu’il y a des éléments qui me tracassent dans cette sucess-story un peu trop lisse, un peu trop bien racontée, un peu trop séquencée à mon goût. Marion à l’Assemblée, Marion en Amérique, Marion au pèlerinage de Chartres, Marion s’installe à Lyon… Il y a un côté « dans l’épisode précédent… » qui est addictif mais casse le naturel d’une carrière et d’un combat politique souvent fait d’horions et d’avanies. Oh je ne me plains pas, mais l’expérience m’a appris à être méfiant.

Marion, l’étrange coqueluche des médias

Elle est jeune, elle est belle, elle a tout pour elle… Indéniablement l’ancienne député de Vaucluse que j’ai eu l’heur d’avoir pour voisine sur les bancs du Palais Bourbon ne manque ni de charme ni de succès dans ses entreprises. Du moins en apparence. Il faut dire que le récit déployé à longueur de pages de magazines, de photos sur papier glacé et de reportages télévisés, est à la hauteur d’une mise sur orbite rarement constatée.

Cependant rappelez-vous le lancement du jeune premier, vous savez cet obscur conseiller économique de la campagne de François Hollande, mince ! celui dont le nom m’échappe mais qui fut secrétaire général adjoint de l’Elysée avant d’être propulsé à Bercy… Celui dont personne n’avait entendu parler, celui qui n’avait même jamais daigné se présenter au suffrage des électeurs, mais qui a su parfaitement capter le désir de changement en mêlant populisme et technocratie. Souvenez-vous donc de lui, d’Emmanuel Macron, et de la véritable campagne d’affichage en sa faveur à la une de tous les journaux, alors qu’à l’époque l’homme n’avait déclaré aucune intention d’accéder à la fonction suprême de la République.

Je le confesse, je ne peux m’empêcher de voir une identité de situation, voire de stratégie, dans cette starisation à l’américaine. Ceux qui pensent que cette mise en scène est directement inspirée par Marion elle-même se trompent néanmoins, même si elle en a l’usufruit. Mais pourquoi le système aurait intérêt à propulser et à maintenir cette jeune fille sur le devant de la scène malgré ses idées théoriquement conservatrices ?

Marion contre Marine

Quel scoop ! me direz-vous, oui Marion est l’anti-Marine. Tout observateur de la vie politique sait que Marine Le Pen ne peut et ne se relèvera pas de son débat catastrophique de l’entre-deux tours. Même Alain Duhamel le sait, c’est dire s’il ne s’agit pas d’une brillante analyse mais d’un constat d’évidence. Il faut donc trouver une ou un remplaçant d’envergure dans le jeu dialectique de notre démocratie-spectacle. Et il semble bien que le nom du substitut soit déjà connu de tous, d’autant que la droite parlementaire traverse un véritable désert. Marion Maréchal est la candidate idoine pour suppléer aux déficiences de sa tante. Sans parti mais soutenue par de nombreux réseaux qui se ramifient jusqu’au-delà de l’Atlantique, l’ancienne député cultive sans avoir l’air une ambigüité qui lui laisse la plus large marge de manœuvre possible. Se présentera ? Se présentera pas ? Nul ne peut affirmer l’une de ces alternatives avec assurance, et je ne m’y risquerais pas, quand bien même la logique incline en ce sens. Cependant la logique politique aurait aussi voulu qu’elle restât dans sa circonscription et qu’elle s’enracina, ce qu’elle refusa au risque de tromper l’espérance de ses militants les plus dévoués.

En conclusion, et au regard de mes quelques doutes, je ne voudrais pas que mes pensées soient vues comme de simples piques lancées par vilenie. Je m’interroge publiquement. C’est tout. Ce questionnement est aussi alimenté par quelques souvenirs de l’Assemblée lorsque, lors de débats houleux et catégoriques, j’ai eu l’impression que la jeune promesse de la droite nationale flanchait et préférait donner des gages plutôt que de maintenir l’adversité. Je songe notamment à quelques paroles malheureuses sur la loi Veil qui me paraissent encore aujourd’hui comme un refus réel de lutter pied à pied contre le système.

Surtout, et c’est peut-être le grand scrupule qui m’habite en regardant le film « Marion face à son destin », de telles promotions ne sont jamais gratuites. J’entends par là qu’il existe toujours une contrepartie, et je ne vois pas comment l’enrôlement comme agent du système peut être la confirmation d’une pensée droite et d’un combat indéfectible pour le bien commun. Nous ne pouvons servir deux maîtres, et certaines attitudes nous placent obligatoirement dans l’un des deux camps. Espérons qu’elle conserve cette pensée à l’esprit, car les grands médias suivent une feuille de route qui est strictement écrite : aucun engouement médiatique n’arrive par hasard. Les chiens de garde obéissent à leurs maîtres.