Le remaniement du néant

Les journalistes avaient fini par devenir las, que leur champion et protégé, Emmanuel Macron n’ait toujours pas nommé de nouveau gouvernement. D’ailleurs, il fallait voir avec quel degré d’absurdité, les fidèles soldats de la macronie s’étaient rendus précipitamment sur les plateaux de télévision, usant de diverses métaphores, pour faire un éloge de la lenteur et vanter les vertus de patience comme de modération dont aurait fait preuve le couple exécutif Macron-Philippe dans le choix de ses ministres.

Cette attente insoutenable pour les uns, anecdotique pour les autres, ridicule pour nous, d’un nouveau gouvernement, permettait à Macron d’occuper le terrain politique sur lequel, il faut bien le dire, il n’avait plus prise, faisant penser à cette réplique de Beckett dans En attendant Godot, dont le ton seyait parfaitement à la situation : « On trouve toujours quelque chose […] pour nous donner l’impression d’exister ? ».

Le plus absurde dans cette histoire, c’est que cette attente ne devait déboucher sur rien de bien pertinent, tellement la fonction ministérielle a été vidée de son sens en cette Vème République sur le déclin. Car finalement à quoi servent réellement les ministres en 2018 ? Nous l’avons bien vu, qu’il y ait ou non un ministre de l’Intérieur ne change en rien la donne, puisque la mort ce week-end d’un enfant de douze ans, frappé à coups de barre de fer, ne fait que s’inscrire dans un long cycle de montée en puissance de la délinquance que les divers ministres de l’Intérieur qui se sont succédés n’ont su enrayer. En soixante ans, la place Beauvau a déjà vu passer trente-quatre ministres de l’Intérieur, soit une moyenne de cinq ministres par présidence, ce qui atteste bien de la vacuité certaine d’une fonction qui échappe à son titulaire pour se retrouver de facto à l’Elysée. Cette certitude est renforcée par la toute récente nomination de Christophe Castaner à ce poste, pur produit de la politicaillerie, prêt à tout pour être adoubé et vanté, et surtout ayant le profil correspondant le plus au petit monde de la pensée unique.

Ce que nous révèle clairement cette Vème République, c’est que c’est la présidence qui dirige, et non pas tellement un président, simple marionnette du système médiatique, et par conséquent encore moins des ministres choisis non pas pour leurs compétences supposées mais davantage pour répondre à un casting politique. Parfait jeu de dupes où tout le monde croit pourtant avoir un rôle essentiel qui sert avant tout à faire semblant et à financer une excellente retraite.