La police attaquée, l’Etat absent

Le jour même de la publication par le Sénat d’un rapport qui fait part du malaise ressenti par les forces de l’ordre dans l’exercice de leurs fonctions, des policiers étaient violemment pris à parti à Nantes et même blessés, dans le quartier du Breil.

La conjonction de ces deux éléments démontre, s’il en est besoin, la gravité de la situation dans laquelle se trouve la France.

L’abandon programmé et volontaire de l’autorité de l’Etat se conjugue avec la décadence d’une jeunesse banlieusarde rétive à toute forme de respect et d’amour du pays. Le cocktail en est détonnant comme l’atteste la violence des affrontements qui ont opposé, hier soir, des C.R.S. épuisés et énervés à des jeunes déracinés et épris de folie destructrice. Ce matin ce n’est pas seulement un quartier de Nantes qui s’est réveillé dans l’amertume et dans la peur. C’est la France entière qui a compris que la simple volonté des forces de l’ordre de faire respecter la loi pouvait conduire à une désastreuse nuit d’émeutes, que la France redoute toujours autant depuis la flambée de violences de 2005.

Rendons-nous bien compte : il aura simplement suffi que la police fasse son travail, à savoir un contrôle d’identité et l’appréhension d’un délinquant fiché, pour que tout un quartier, rétif à toute autorité républicaine, veuille casser du flic et par conséquent crier sa haine de la France.

Alors que l’on ne s’étonne pas devant le rapport sénatorial qui rappelle que les policiers figurent en bonne place dans le sinistre classement du taux de suicides par profession, avec plus de 50 victimes en 2017. Des policiers, qu’ils soient municipaux ou nationaux, ainsi que des gendarmes, qui ne se contentent plus de subir les insultes et les actes de violence, uniquement sur leur lieu de travail, comme beaucoup de citoyens ordinaires, mais qui sont suivis par ces maux jusque dans leur quotidien le plus intime. « Le risque intrinsèque au métier de policier […] s’est ainsi déplacé au sein même de la vie personnelle et de la structure familiale » souligne le rapport des sénateurs. C’est alors que le traumatisme de Magnanville, ville où deux policiers avaient été abattus chez eux par des islamistes le 13 juin 2016, sous les yeux incrédules de leurs enfants, reste dans tous les esprits.

Sans compter que le matériel mis à disposition de nos forces de l’ordre devient de plus en plus obsolète. Le gouvernement a beau se parer de bonnes intentions et réclamer à cor et à cri la création d’une police de proximité, sans moyens adéquats et surtout sans autorisation d’intervenir, toutes ces décisions, fussent-elles les meilleures, resteront vaines et inutiles. En effet, comment aujourd’hui les journalistes et demain les magistrats peuvent ou pourront interroger la légalité du geste des policiers qui ont ouvert le feu ? Notre société en est-elle devenue malade à ce point qu’il faille même justifier le fait de défendre l’Ordre et l’Etat ?

Ce rapport sénatorial ne fait donc que mettre la lumière sur une réalité béante. Nos dirigeants soulignent toute l’urgence qu’il y a à agir. L’actualité leur donne entièrement raison. Mais est-ce que la majorité présidentielle et ses alliés du système juridico-médiatique seront prêts à se donner les moyens d’agir ? Vaste question qui engage l’avenir de la France.