La droite peut-elle renaître de ses cendres ?

Extrait du journal de La Provence du 17 juin 2019

Le Rassemblement National (RN) assemblé en convention à La Rochelle a présenté son plan de conquête pour les prochaines municipales, au lendemain des élections européennes. Passons sur le bilan mitigé de cette échéance électorale qui a vu le parti de Marine Le Pen arrivé tout juste en tête de cette consultation nationale, talonné par la majorité présidentielle (LREM) pourtant en mauvaise posture dans l’opinion publique. Cela amène deux réflexions.

D’une part, l’écroulement électoral des Républicains malgré la campagne de fond de François-Xavier Bellamy prouve que la droite ne réussit plus à réunir les électeurs sur son discours. Seraient-ce parce qu’ils sont rétifs à la vérité ou tout simplement qu’ils ne sont plus dupes ? La seconde alternative est la plus plausible tant les analyses de Bellamy semblaient en total décalage avec le bilan des trahisons des exécutifs et parlementaires de droite depuis 60 ans. A force de tromper les électeurs sitôt élus, ces derniers se réfugient légitimement dans l’abstention ou le vote de caste, refuges naturels des dépités et des pragmatiques. Dans un célèbre article sobrement intitulé Le Procès, Pasolini s’en prenait en 1975 aux hiérarques de la démocratie chrétienne qui colle en tous point à l’inventaire que nous pourrions faire de nos hommes de droite et de pouvoir en général : « Donc je reprends : indignité, mépris pour les citoyens, manipulation des deniers publics, combines avec les pétroliers, les industriels, les banquiers, connivence avec la Mafia, haute trahison en faveur d’une puissance étrangère, collaboration avec la CIA, usage illicite d’organismes tel que le SID, responsabilité dans les massacres de Milan, de Brescia et de Bologne (au moins en tant que coupable incapacité de punir les exécutants), destruction du paysage et de l’urbanisme en Italie, responsabilité de la dégradation anthropologique des Italiens (une responsabilité qui est aggravée par l’absence totale de conscience de ce phénomène), responsabilité de l’état, comme on dit, effrayant, des écoles, des hôpitaux et de tous les principaux établissements publics, responsabilité de l’abandon “sauvage“ de la culture de masse et des médias, responsabilité de la stupidité criminelle de la télévision, responsabilité de la décadence de l’Eglise et enfin même, au-delà de tout le reste, distribution de fonctions publiques à des adulateurs, qui rappelle le règne des Bourbons en Italie… » Remplaçons Italie par France, les attentats des Brigades rouges par ceux des islamistes, et nous voici chez nous. En cela d’ailleurs, Emmanuel Macron s’inscrit parfaitement dans la continuité indigne de la droite de pouvoir.

D’autre part, la perspective d’unions locales pour les municipales est une heureuse nouvelle à condition qu’elle soit sincère et suivie d’effets. Comme le note avec une honnête mémoire Jean-Yves Camus dans son analyse pour La Provence, j’avais raison de promouvoir cette stratégie localiste de la complémentarité dès 1995, ce qui m’a valu il est vrai une certaine inimitié. Je serais heureux si cette déclaration d’intention se confirme. Pour le moment, je ne vois que des candidats autoproclamés RN qui sur le terrain, à Orange comme à Bollène, s’acharnent à combattre une politique et des élus qui agissent conformément à l’esprit de la droite originelle que ce soit dans les domaines de la sécurité, des finances publiques ou encore de la culture. J’émets donc le souhait que cette confusion finisse par céder et que le discours soit éclairci par les actes. Je ne m’opposerai pas aujourd’hui à une pratique que j’ai toujours défendu et dont j’ai su prouver la pertinence dans les faits.