La contrebande fait un tabac en France !

Nouveau succès à mettre au crédit de l’Etat : la France est en pole position du marché noir. Le trafic de cigarettes est devenu en l’espace de quelques années l’une des contrebandes les plus rentables pour les mafias, au point de concurrencer le cannabis. Pudiquement, l’Etat parle d’achats « hors réseau » pour désigner toute l’économie parallèle du tabac. Il y a bien sûr le particulier qui profite de ses voyages ou de sa proximité avec la frontière pour acheter ses cigarettes à l’étranger où celles-ci sont moins taxées : Espagne, Belgique, Luxembourg sont les principaux pourvoyeurs de tabac à prix attractifs. Et puis il existe aussi un véritable circuit parallèle qui est peu ou prou le même que celui de la drogue : le port de Marseille est le théâtre régulier de saisies de cigarettes provenant d’Algérie notamment. La France est devenue le souk de la contrebande en tous genres à cause de la multiplication et de l’expansion des zones de non-droit tolérées par laxisme, prêt-à-penser et impuissance.

 

Selon un rapport du cabinet d’audit KPMG récemment analysé (Le Figaro économie du 31 juillet 2018), « la France reste championne d’Europe des achats hors réseau », et cela malgré le fait que la consommation globale de tabac est en baisse. Régulièrement interpellé par la puissante fédération des buralistes, Bercy a décidé de mobiliser les services de la Douane sur ce trafic directement motivé par les taxes exponentielles et régulières sur le tabac. De 200 tonnes de tabac saisies en 2007, les chiffres ont triplé en dix ans, preuve de l’augmentation du marché parallèle.

Imposées au nom du doux prétexte de la Santé publique, ces taxes ont deux effets directs : la baisse du chiffre d’affaire des civettes qui ferment une à une, et l’augmentation en parallèle du marché noir. Avec un paquet neutre de cigarettes vendu en moyenne à 8 euros, la France adopte la technique des pays anglo-saxons et scandinaves qui ont fait du tabac un produit légal mais financièrement prohibé. Si quelques fumeurs ont réussi le sevrage avec une consommation en baisse de 4%, le marché demeure attractif pour les trafiquants de tout poil : les cambriolages de réserves de tabac et les vols lors des livraisons se sont multipliés au fil des ans, fragilisant encore plus une profession en sursis.

Outre une harmonisation européenne du prix du tabac réclamée depuis des années par les buralistes pour tempérer les achats transfrontaliers, la méthode la plus efficace pour baisser le trafic de cigarettes a été involontaire. « Le recul des achats sur les réseaux parallèles s’explique en fait surtout par la stabilité du prix du paquet chez les buralistes qui n’a pas bougé de 2014 à fin 2017 ». Ainsi le gouvernement fait fausse route avec sa décision d’augmenter tous les six mois le prix du tabac jusqu’à ce que le paquet atteigne le seuil de 10 euros. Une telle politique n’améliorera pas la santé publique, déstabilisera une profession qui travaille directement pour l’Etat, n’augmentera pas les recettes de ce dernier et enfin favorisera l’expansion tentaculaire de la contrebande. Enfin, en reprenant la souveraineté effective sur son territoire, l’Etat français fera disparaître les zones de non-droit et les bases arrières des trafics.