Gilets Jaunes : vous avez dit « responsabilité » ?

Parlant depuis la tribune de l’Assemblée nationale, le Premier ministre Édouard Philippe en a solennellement appelé, le 5 décembre, à la responsabilité devant les soubresauts que traverse la République. « Tous les acteurs du débat public seront comptables de leurs déclarations dans les jours qui viennent », a-t-il même avancé, hésitant entre la menace claire et le conseil moral. Cette ambiguïté est le pire remède en politique. Thermidor devrait être dans toutes les mémoires de ces hommes hésitant entre la fermeté et l’abandon. Pire, cet appel peut être entendu comme une tentative de solidarité d’une oligarchie qui ne voudrait pas céder la place. Menacée, poussée dans ses retranchements par une menace indéfinie mais réelle, la classe politico-médiatique serre les rangs et espère souder ses membres inquiets autour de la communauté d’intérêts, de crainte que l’entre-soi ne s’effrite sous les coups de boutoir de la ferveur populaire.

Seulement on ne s’en sort pas comme ça. On ne doit pas s’en sortir comme ça. C’est trop facile et dangereux à la fois, car on ne peut pas à ce niveau refuser d’exercer le pouvoir et faire porter la responsabilité des événements à ceux qui ne l’ont pas.

Gouverner c’est prévoir

D’une part, s’il était conséquent, Edouard Philippe devrait immédiatement remettre sa démission au président de la République. Il n’a su ni anticiper la jacquerie inédite que ses politiques ont provoqué ni y répondre dans les temps. Qui éteint un incendie avec un verre d’eau ? Il est désormais trop tard pour lâcher du lest et continuer de se voiler la face avec un moratoire ou une simple annulation d’une énième hausse sur les carburants, en ignorant les profonds problèmes structurels qui menacent le pays. D’autre part, il est certain que la responsabilité présidentielle est aussi clairement engagée dans la gestion de crise désastreuse qui peut se résumer en deux mots : mépris et aveuglement.

Finalement, cette république vieille de 60 ans a déjà dépassé sa limite de péremption. A la trahison originelle des intérêts de la France, ce régime y a ajouté celle des Français et le pillage de leur patrimoine. Aujourd’hui, les peuples de France dans leur colère disent une chose très simple : où est passé l’argent que vous avez pris ?

Championne du monde des prélèvements obligatoires, la France l’est aussi de la dépense publique. Pourtant tout va de mal en pis. Alors que le régime a refondé sa légitimité en 1946 en l’adossant à la présence sociale de l’Etat, à la continuité des services publics et à l’égalité des territoires, cette ambition est aujourd’hui inexistante et le pays exsangue.

Les grands biens de l’Etat ont été vendus à des groupes étrangers ou transnationaux sans souci de l’intérêt national. Rappelons au-delà du cas emblématique de nos autoroutes, la vente à l’encan de secteurs aussi stratégiques que ceux de l’énergie ou concernant notre souveraineté militaire. Par exemple, le pillage d’Alstom énergie qui fabrique les turbines nucléaires de nos centrales et de nos sous-marins par l’américain General Electric a été piloté par un certain ministre nommé Emmanuel Macron. Une telle vilenie au service de l’argent et d’intérêts étrangers porte un nom : la haute trahison.

La négociation semble une alternative du passé pour lui : il ne reste donc que la sortie avec les honneurs ou la répression violente de la contestation populaire.

La Vème République risque de périr comme elle est née

Née de la trahison des Français d’Algérie, la Vème République à travers ses présidents et son personnel politique n’est qu’une longue suite de crimes à l’encontre de la parole donnée et de la foi accordée.

Quelques éditorialistes découvrent aujourd’hui la lune, et s’étonnent d’une crise de confiance qui provoque l’absence de toute légitimité et la remise en cause de la démocratie représentative. Quand les actes sont trop éloignés des mots, ces derniers perdent de leur valeur. Quand les mots sont contraires aux actes, ils ne sont plus que mensonge. Quand la tromperie est devenue un mode de gouvernement, il ne faut pas s’étonner d’un détachement massif de la parole publique.

Cette majorité anonyme des Français en gilets jaunes a senti que ses représentants travaillaient contre eux. Aussi bien dans le travail, dans les villes, dans les maternités, l’hyperclasse métropolitaine s’acharne à les remplacer et à les faire disparaître. Certains ont cru pouvoir sauver quelques miettes de la liquidation générale de la maison France et se sont compromis avec les pires margoulins : c’est toute l’histoire de la droite parlementaire qui aujourd’hui encore ne sait que choisir entre le peuple ou l’argent.

Pour nous, le choix est net.

Cette république qui tremble risque de finir comme elle est née : d’un putsch. L’opération Résurrection des réseaux gaullistes arrive à son crépuscule. C’est d’une simplicité évangélique : qui tue par l’épée périt par l’épée. Née du rapt et de la trahison, la Vème République ne peut que mourir dans le râle de ses remords et de ses crimes.

Le journaliste spécialiste des questions de sécurité et de Défense nationale, Jean-Dominique Merchet relate une information curieuse dans un tweet :

L’Elysée parle « de plusieurs milliers de personnes » qui viendraient samedi à Paris « pour casser et pour tuer ». Cette stratégie (si s’en est une) de la tension est irresponsable. Du jamais vu. Un pouvoir aux abois.

Cette stratégie de la tension est mise en place depuis le début de la contestation des Gilets Jaunes. Après la tactique de la nasse sur le Champ de Mars qui n’a pas prise et les consignes données de ne pas interpeller les fauteurs de troubles, le régime a utilisé son armée de réserve : les pillards et les casseurs de banlieue, à l’instar d’un « trio d’habitants de Bondy âgés de 21 ou 22 ans, Mohamed, Oualid et Miloud. Ils sont poursuivis pour recel du vol de six pièces dorées issues du pillage au sein de l’Arc de triomphe. Ils ont été interpellés Porte de Pantin, à 3 heures du matin, à bord d’une BMW roulant à vive allure » (L’Express).

 

L’insurrection du localisme

Le profond mouvement des Gilets jaunes puise aux racines mêmes de la France. Hétéroclite, désordonné, spontané, il reflète cette fureur française qui a traversé les siècles et fait l’Histoire. La reprise en main par le prêt-à-penser d’une révolte fiscale mais surtout identitaire en simples revendications pour le pouvoir d’achat est un leurre. Réduire les Gilets jaunes à la seule question de la consommation et des aides sociales est méprisable et méprisant.

Au contraire, cette contestation nationale mais localiste est un combat contre la dépossession et pour la dignité. Les Français ne veulent plus d’aides ou de crédits : ils souhaitent vivre décemment de leur travail pour retrouver leur dignité d’hommes libres, c’est-à-dire leur fierté tout simplement.

Ce localisme, parfois trop chauvin, et ce spontanéisme, parfois trop anarchique, sont aussi, il faut le dire, des limites à une action structurée et d’envergure du mouvement.

Cette insurrection du localisme et de l’identité s’interroge sur son devenir proche et l’inégalité sociale dans laquelle la plonge les politiques européennes et gouvernementales. Les droits et les coûts accordés ces dernières années aux migrants posent des questions, surtout lorsque cette « solidarité » désordonnée s’accomplit en priorité contre les Français. Le sentiment d’injustice devient alors flagrant et général, même s’il est tu. On peut donc même aller plus loin, et se demander si l’une des causes du ras-le-bol fiscal n’est pas le coût de l’immigration ? Doit-on continuer à accueillir des immigrés alors que beaucoup de Français n’ont plus rien ? La signature prochaine du pacte des migrations sous l’égide de l’ONU qui risque de créer un droit opposable à la migration économique, le tout sous la menace de la bombe démographique africaine, doit sans aucun doute être ajournée et mise aux oubliettes.

 

L’illusion n’est pas l’espérance

Vous l’aurez compris, nous soutenons, nous portons, nous accompagnons la révolte des villages et des campagnes accoutrée d’un Gilet Jaune. Si nous respectons la nature profonde de ce mouvement qui, à raison, ne veut ni des partis ni des syndicats, nous pouvons, nonobstant, nous réjouir publiquement de constater le triomphe des idées que nous portons depuis plus de 60 ans de combat politique quotidien. Les trahisons, les causes, les systèmes dénoncés le sont désormais par tout un peuple.

Nous ne pouvons alors avoir qu’un souhait, après celui de la victoire de la vérité.

Nous ne voulons pas que l’illusion gâche l’espérance. Nous savons que les Gilets Jaunes sont aussi les enfants de notre époque et qu’ils peuvent être encore sensibles à la démagogie et au rêve. Nous souhaitons donc que le réel l’emporte, et que les sirènes utopistes du village global ne s’interposent plus face au redressement national.

Formidable surprise, le mouvement des Gilets jaunes est la démonstration qu’il ne peut y avoir de sursaut démocratique sans implantation et enracinement locaux. Le localisme est l’une des plus sûres garanties de la souveraineté populaire, mais pour reprendre les mots de Bernanos, « Il ne faudrait pas que l’Histoire pût dire un jour que les démocraties ont exploité, puis déçu, ce qui restait de bonnes volontés dans le monde. Car l’Histoire dirait aussi que le crime est moins grand d’exalter jusqu’à la folie le désespoir des hommes que de bafouer leur espérance. »

 

 

NB : Concernant les prochaines manifestations, nous n’avons aucun pouvoir décisionnaire ni de conseils à donner quant à la liberté de chacun de manifester ou non.

Nous encourageons les Gilets jaunes à recourir à un service d’ordre à même d’expulser les éléments provocateurs, idiots utiles ou stipendiés du régime.

L’opinion publique n’a pas été dupe de la politique du pire jouée par le Pat Poker de la Place Beauvau. Cependant, la prudence et l’amour du bien commun supposent de ne pas basculer dans l’émeute inutile et la casse gratuite qui ne sont souvent que le spectacle de la révolution et non la révolution. Les pillages et le vandalisme peuvent même l’empêcher, grâce à la peur du bourgeois et à la réaction.

Quant à la police, plutôt que d’aller au contact avec les Gilets jaunes, son devoir est d’interpeller les fauteurs de troubles professionnels.