Gilets jaunes, colères noires : pourquoi je continue de soutenir le mouvement

Depuis samedi, des centaines de milliers de Français dans un élan spontané ont décidé de se lever et de dire non à la politique globale de ce gouvernement, et même de ce régime si l’on écoute bien ici et là poindre les premières revendications structurées. Depuis 4 jours, des points statiques de filtrage se sont établis un peu partout sur l’ensemble du territoire. Je salue d’ailleurs la persévérance et l’énergie de ceux qui, avec retenue et bon sens, ont su tenir malgré le froid et la pluie, et cela sans recourir à la violence ou au vandalisme.

Il est important de mesure garder, et la grande majorité des Gilets jaunes a bien compris que les provocateurs étaient les meilleurs alliés d’une riposte du gouvernement : l’utilisation de la force serait de fait légitimée pour l’Etat et la crédibilité d’un mouvement vraiment populaire fortement entamée.

J’ai publiquement pris position en faveur du mouvement du 17 novembre contre la hausse des prix du carburant. Aujourd’hui je réitère mon soutien en faveur de cette grogne à l’encontre du racket fiscal qui, petit à petit, en vient à se fédérer autour de revendications de plus en plus politiques sans être inféodée aux partis et syndicats constitutifs du régime. Nous sommes peut-être en train de vivre une fronde comme le pays n’en a pas connue depuis plusieurs décennies : le spontanéisme désorganisé mais général du mouvement montre à quel point la politique gouvernementale s’oppose au bon sens et à la résilience populaires. L’état d’exaspération et d’énervement de ceux qui sont soumis aux taxes sans en voir la redistribution a désormais un emblème : ce gilet jaune, reflet d’une France périphérique et délaissée qu’on somme de s’adapter ou de crever.

La trahison, matrice de l’injustice

Or, voilà 40 ans que le pays s’adapte aux lubies du mondialisme des élites. Voilà plus de 40 ans que la France est vendue à l’encan sur les marchés et que sa souveraineté est patiemment défaite par ceux-là mêmes qui sont en charge de la défendre. Fascinés et corrompus par les sirènes d’une mondialisation heureuse et prospère, les élites politiques et économiques du pays se sont désolidarisées du peuple, conséquence logique de la trahison initiale. Aujourd’hui cette fracture idéologique, sociale et géographique se matérialise entre une hyperclasse parisienne et métropolitaine et la France des terroirs et des campagnes dans laquelle le désengagement de l’Etat est devenu prégnant. Fantomatique quant aux services sur lesquels il a rebâti sa légitimité avec la constitution de 1946, l’Etat revient au réel uniquement sous la forme de l’impôt et de la répression. Cette image en négatif de l’Administration brise les dernières volontés dociles, et ruine les espoirs simples et naturels de Français qui ont toujours espéré que les générations à venir pourraient vivre mieux ou aussi bien que les précédentes. C’est à eux encore que le gouvernement, si tolérant et ouvert sur les questions d’immigration et d’insécurité, demande de payer dans leur chair et leur maigre patrimoine le prix douloureux de l’abandon du pays aux marchés et à la démographie galopante des nations du Sud.

Aujourd’hui, le gouvernement Macron-Philippe prétend que l’Etat aidera les contribuables les plus pauvres à affronter les difficultés présentes. Ils prétendent que l’Etat travaillera pour les Français. Mais le mirage s’estompe. Le temps est arrivé où toutes les mesures d’une époque déclinante ont nécessairement l’effet contraire de l’effet voulu. Les Français ne croient plus aux bonnes paroles des dirigeants ni en une bureaucratie qui ne peut plus les aider, voire qui travaille contre eux. La trahison des élites est désormais une injustice profonde, vécue matériellement par la majorité des Français.

Il n’est plus temps, pour elles, de comprendre. Il est temps de partir ou de réparer.