Européennes : un vote pour rien ?

Les élections de dimanche dernier ont un arrière-goût amer pour qui pense que la voix du peuple a encore intérêt à être prise en compte dans une démocratie.

Disséminé parmi 34 listes, le choix des électeurs français a dû s’exercer dans des conditions plus que discutables. En effet, nul ne peut prétendre que ces 34 listes aient bénéficié d’une couverture médiatique égale.

De deux choses l’une, soit la règle permet une représentation équitable pour un scrutin de liste proportionnel à un tour, soit devant l’impossibilité technique et logistique de l’assurer cette règle doit changer. Il est vain de prétendre à la plus large représentation, et de la nier dans les faits en privant de parole, de débat et de publicité les deux tiers des listes présentes.

Notons qu’à Orange où je présidais le scrutin en tant que maire aucune liste n’a fait un score nul. Ceci vérifie que le vote électronique favorise la représentativité totale et évite les absences de bulletins. De plus, ces 34 listes sont autant de tendances existantes du corps électoral puisqu’elles trouvent des voix pour se porter sur elles quand les conditions sont réunies.

Autre entrave à la démocratie la plus évidente, le rôle partisan du chef de l’Etat. A-t-on jamais vu utilisation plus éhontée de la fonction présidentielle et des moyens afférents pour soutenir une liste lors d’une élection nationale ? Cette ingérence a pollué la campagne et n’a eu pour objectif que de mettre en scène la bipolarisation LREM/RN.

Je ne sais si Emmanuel Macron est son propre stratège mais il demeure un tacticien favorisé. En effet, il tient dans son jeu tous les atouts. Lorsqu’il décide de faire des élections européennes un référendum sur sa personne, il court-circuite la finalité de la consultation avec tous les instruments du pouvoir médiatique et institutionnel.

C’est pourquoi je ne suis pas d’accord lorsque j’entends dire qu’Emmanuel Macron a bien résisté au choc électoral, qu’il a consolidé sa base et qu’il est en route pour la présidentielle. Tout cela je ne le conteste pas en tant que tel mais c’est aller un peu vite en besogne que de considérer comme victorieux un homme qui ne réussit pas à réunir sur son nom plus d’un cinquième des votes exprimés, soit un dixième des électeurs, prisonniers et déficients mentaux compris, quand on dispose de tous les arsenaux de la propagande. Celle-ci a d’ailleurs montré sa redoutable efficacité avec la percée des Verts qui bénéficient de l’effondrement conjoint de LFI et du reliquat du PS.

Le plébiscite qu’espérait Macron est advenu dans les riches quartiers de l’ouest parisien qui ont abandonné définitivement Les Républicains, mais non ailleurs. Le socle des gagnants de la mondialisation qui s’autoproclament « progressistes » se maintient mais ne s’élargit pas.

Oui, Macron a compris qu’il était possible de s’emparer du pouvoir à 20% et que la meilleure manière de tromper la démocratie était de passer par Le Pen. Jouer sur la colère puis la peur du chaos, voilà la botte secrète du prince de l’Elysée : une simple parade créée par Mitterrand et appliquée de manière systématique. Emmanuel Macron sait que la technique de ce coup d’Etat lui assurera la continuité du pouvoir le temps de finir don travail de dépeçage de la France, puis, lui ou un autre serviteur, laisseront définitivement le pays verser dans l’anarchie et la guerre une fois ses dernières richesses pillées.

Le peuple français ressent confusément l’imminence du péril, mais dans la panique et le désespoir, il se disperse. Cette élection, entre abstention toujours massive et listes contestataires, montre la colère du citoyen et une France éclatée. Peut-on déceler au soir du 26 mai une victoire des patriotes dispersés sur 6 listes ? Rien n’est moins évident. Il suffit de regarder les scores en Italie, au Royaume-Uni, en Hongrie ou en Pologne pour comprendre ce que signifie une victoire nette des patriotes.

Si Les Républicains payent indéniablement le bilan de leurs trahisons, seule fidélité au gaullisme, il faut saluer une belle campagne de François-Xavier Bellamy, talent gâché dans cette élection. Si La République en Marche tente de rallier à sa suite les écologistes de papier, l’OPA sur les vieux partis de gouvernement est confirmée et totale. Reste la droite patriote mobilisée en partie par le vote RN qui a sans doute bénéficié du recul de Marine Le Pen et de l’afficacité médiatique du jeune Bardella. Les ressources sont maigres et les résultats en recul en comparaison à 2014. C’est-à-dire que si tout reste en l’état, la présidentielle de 2022 ne sera qu’un remake écœurant de celle de 2017.

Il est donc grand temps de repartir à la conquête du pays en l’appuyant sur le travail du localisme et la suppression des partis politiques. Les réserves de voix sont aujourd’hui dans l’abstention, chez tous ces Gilets Jaunes qui n’ont pas voté conscients du cirque dans lequel on a voulu les enfermer. Les municipales sont un moyen pour tous les volontaires prêts à s’engager pour le bien commun de s’enraciner et de commencer de mener le combat en creusant un sillon à leur mesure dans lequel germera le grain du salut.

Il n’y a pas grand sens à se déclarer anti-européen hier comme aujourd’hui. Il ne fait nul doute de l’Atlantique à l’Oural que nous appartenons au même ensemble civilisationnel. L’Europe est fille de la Chrétienté et, malgré les schismes et les divisions, les langues et la diversité des traditions populaires, elle demeure un ensemble géographique cohérent. Ce serait une imposture que de prétendre nier sa réalité. Cependant, il est possible de se montrer critique à l’encontre du projet politique qui sous-tend la fédération européenne depuis le traité de Rome de 1957. Pis, il est salutaire de s’interroger sur les transferts de libertés effectifs depuis le traité de Maastricht en 1992. L’ambition cosmopolitique des « patriotes européens » ressemble à s’y méprendre à d’antiques projets impériaux, cette fois dans une visée mondialiste tirant ses racines tout à la fois de l’eschatologie chrétienne et du messianisme révolutionnaire synthétisés par la doctrine du libéralisme. C’est pourquoi l’européisme n’est que le visage contemporain d’une vieille idée toujours active, toujours mutante, qui tend avec logique et cohérence à la gouvernance mondiale puisque c’est là le projet initial.