Du Vaucluse à la France, doit-on laisser les paysans mourir ?

Dans un article de La Provence du 2 octobre 2018 synthétisant le bilan économique du premier semestre dans le département, une incohérence majeure est soulignée.

D’une part, il est noté que le secteur primaire traverse une passe difficile tandis que, d’autre part, l’industrie agro-alimentaire se porte au mieux de sa forme.

Pourtant il est du plus élémentaire bon sens que la grande distribution ne vend normalement que ce que produit l’agriculture. Or cette dernière sortant d’une année 2017 marquée par le gel et la sécheresse, puis traversant un printemps aux pluies diluviennes et un été caniculaire, a subi des pertes importantes : les vignerons ont souffert du mildiou tandis que les maraîchers ont revu leurs récoltes à la baisse, surtout les exploitations bio. En revanche l’industrie agro-alimentaire vauclusienne représente 30% des emplois de la région et compte 230 entreprises d’une moyenne de 20 salariés.

L’interrogation d’évidence alors est de se demander pourquoi l’industrie dépendant directement de l’agriculture est florissante, et tant mieux, alors que les paysans peinent financièrement et se sentent abandonnés à cause des contraintes de l’Etat plus encore que celles de la nature. Doit-on rappeler ici les nouvelles réformes sur la baisse annoncée des exonérations pour les travailleurs saisonniers ? Si cette mesure est validée, les exploitations viticoles et maraîchères devront dépenser 240 euros de plus par mois et par salarié. Cette augmentation de charges mettra à mal un secteur économique élémentaire dans notre département et favorisera le chômage, voire l’emploi de travailleurs étrangers. Doit-on aussi rappeler le doublement des taxes sur la gazole non routier (GNR) qui représentera une nouvelle dépense majeure dans le budget des exploitations agricoles ? La ruine guette nombre de nos paysans.

A l’opposé la nouvelle loi Agriculture et Alimentation continue de favoriser la grande distribution, sans doute sous la dictée des groupes de pression noyautant le Palais Bourbon.

Il est grand temps de prendre à bras le corps la cause de l’agriculture française et de ses paysans en souffrance. Un agriculteur se suicide tous les deux jours. S’il y a des causes systémiques qui expliquent l’impasse productiviste dans laquelle s’est enferrée l’agriculture française, il est clair que l’Etat laisse volontairement mourir ceux qui ont fait l’identité de la France et de ses paysages pendant des siècles. Plus encore que l’énergie ou même les finances, l’agriculture n’est pas qu’un simple secteur stratégique de l’économie nationale : c’est un enjeu vital de la souveraineté du pays et de sa survie.

Les derniers paysans sont aussi les derniers Français. La France n’est pas une nation du commerce ou du numérique, elle est fille des champs et du sang de ses éleveurs, de ses laboureurs, de ses cultivateurs. Le cœur de la France ne bat pas à la Défense, il est dans chaque épi mûr de la Beauce, dans chaque raisin des Côtes-du-Rhône, dans chaque bête des Pyrénées, dans chaque truffe de la Dordogne…

Le cœur de la France fléchit, tombe en dormition, s’essouffle sous les épreuves : il ne tient qu’à nous de le faire battre de nouveau sous le souffle de l’énergie vitale. Ne cédons rien aux ennemis de la France qui siègent sous les ors de la République. L’Histoire nous enseigne quel sort réserver aux usurpateurs.