Du président des riches au président des villes

La conférence des territoires qui s’est tenue le 12 juillet et qui était organisée par l’exécutif macronien a été très largement boudée par les élus locaux.

Résultat : comme lors du discours du Congrès du président Macron, les élus de la majorité présidentielle se sont retrouvés dans un entre-soi politique pour exposer la manière avec laquelle ils souhaitaient continuer à détricoter la France rurale et périphérique.

Des absences notables furent à remarquer : celles des trois présidents des associations nationales des Régions, des Départements et des Maires de France, pourtant peu critiques jusqu’à présent à l’égard d’Emmanuel Macron, du moins en ce qui concerne Dominique Bussereau et François Baroin.

D’ailleurs ces derniers n’ont pas hésité à publier une lettre ouverte demandant le retour à un pacte dit girondin, afin que l’Etat puisse mieux entendre les préoccupations majeures de nos collectivités locales.

Il est vrai que la suppression brutale et drastique des dotations de l’Etat aux collectivités a rompu le lien de confiance indispensable entre l’Etat et les acteurs locaux. Pourtant, les collectivités territoriales ont toujours répondu présentes aux sollicitations de l’Etat lorsqu’il leur demandait de respecter sa politique de restriction budgétaire. Alors que le président Hollande imposait un plan d’économies de 11 milliards d’euros aux collectivités entre 2015 et 2017, il s’avère que ces dernières ont respecté ces engagements au mieux en ayant effectivement diminué de 10 milliards leurs dépenses. Parallèlement, l’Etat sommé d’économiser 21 milliards d’euros sur la même période n’a réduit la voilure officiellement que de 3 milliards.

Sans oublier que la loi Notre, pur produit de la technostructure macronienne, a profondément bouleversé le champ d’action des élus locaux, puisque l’Etat ne cesse d’abandonner bon nombre de compétences, y compris parfois régaliennes comme en matière de sécurité, à des collectivités locales qui n’ont ni les moyens humains ou financiers à dispositions. Le souhait implicite de l’Etat est de contribuer à faire exploser la dette des échelons locaux, alors que lui-même dépasse désormais les 2 000 milliards d’euros de dette. N’ayant plus de portefeuille adéquat, Macron espère utiliser celui des élus locaux.

Sans oublier, la goutte d’eau qui fait déborder le vase : la réduction de vitesse à 80 km/h, décidée par l’Etat, sera financée par… les départements qui ont en charge l’adaptation signalétique sur des centaines de kilomètres.

Décidément la France atteint des tristes records ces derniers jours.

Tout le paradoxe c’est que cela se produit au moment où son équipe de football a atteint les sommets footballistiques au mondial, comme pour que les Français détournent le regard de la triste réalité.

Depuis deux jours, la France n’est plus que la septième puissance économique mondiale, l’Inde venant de lui disputer son ancien sixième rang. Et tout est allé très vite.

En 2009, le Produit Intérieur Brut de l’Inde représentait seulement la moitié de celui de la France. En 2018, il le dépasse.

Déjà en 2006, la France avait été doublée par la Chine. Le réveil et l’émergence des géants asiatiques sur le marché mondial avait été présentés comme bénéfiques pour tous les vieux acteurs occidentaux. Un nouveau challenge, l’injection d’une dynamique nouvelle devait relancer l’esprit de concurrence et par conséquent la consommation, la production et les emplois. Les nouveaux blocs devaient rétablir un équilibre malmené depuis trop longtemps par la puissance américaine et permettre à chaque machine économique nationale d’embrayer à la vitesse supérieure.

Désavantagée de fait, les politiques économiques successives ont mis fin à la compétition avant même qu’elle ne commence en soumettant notre économie nationale à une mondialisation n profitant qu’aux riches et protégée par un étatisme clientéliste et anachronique: réduction de coût, dumping social, délocalisation… La France a été totalement dépassée, noyée dans ses rêves et son économie a régressé contrairement à toutes les promesses d’avenir radieux.

Toutefois au-delà de ses simples données statistiques, la régression de notre P.I.B prouve bien la longue et profonde crise qui nous concerne.

Notre productivité n’a cessé de baisser entre 2016 et 2017, la France passant du 12e au 14e rang dans le classement des pays les plus productifs. De plus, notre modèle industriel est en régression totale. Entre 2009 et 2016, le montant d’investissement industriel a baissé d’un million d’euros, n’atteignant plus que 9 millions, sans oublier que le nombre d’employés médian par site industriel est passé, durant la même période, de 30 à 20. Le pire c’est que la France affiche un colossal déficit commercial en matière de biens manufacturés, atteignant 35 milliards d’euros contre 20 milliards en 2012. D’après les statistiques, le coût de production de l’industrie française est 20% plus cher que celui de ses concurrents directs. A ce niveau, toute compétition est strictement impossible et le résultat s’en fait sentir douloureusement : depuis 2008, ce sont près de 600 usines françaises qui ont mis la clé sous la porte, alors que les quelques nouvelles entreprises fournissent moins d’emplois qu’auparavant, 49 par site en moyenne.

Sans oublier que le poids des dépenses publiques françaises représente 47,6% du P.I.B. ce qui fait de nous, et de loin, le champion du monde sans aucune étoile à arborer.

A ce rythme, il est prévu qu’en 2027 la France dégringole à la huitième place mondiale puis à la neuvième d’ici 2032, en espérant que la dégringolade ne s’accentue pas trop rapidement.

Nicolas Sarkozy, François Hollande et maintenant Emmanuel Macron ont beau nous dire que l’économie est la pierre angulaire de leur politique, il s’avère que tout a été contre-productif.

Il est urgent aujourd’hui de changer de politique économique, de revenir aux réalités de bon sens et de raison. La culture des clientèles, l’endettement systématique, les incitations financières vaines qui encouragent l’inactivité plutôt que le travail ne font que nous entraîner chaque jour un peu plus vers des solutions totalitaires infiniment regrettables. Tant que les rêves absurdes resteront la règle idéologique du système, la corruption intellectuelle et financière continuera de vendre tout ce qui est vendable et même ce qui ne l’est pas.

Il faut relancer une économie vraie, réaliste basée sur la création systématique d’emplois, encouragée par la promotion de grands travaux d’utilité publique afin de redonner toute sa valeur au travail et donc à l’économie positive dans notre pays.