Démission de Gérard Collomb : les rats quittent le navire

La République en marche patine de plus en plus, et ses cadres de la première heure ont décidé de prendre la poudre d’escampette avant qu’il ne soit trop tard. Comme le remarque l’observateur Gabriel Robin, le désormais ancien ministre de l’Intérieur Gérard Collomb possède un flair politique certain : soutien de la première heure de Ségolène Royal, il avait été un des premiers à sentir le vent tourné en 2007 ; puis de même avec François Hollande dont il avait senti avec lucidité l’incapacité à gouverner et à pourvoir conserver le pouvoir. C’est pourquoi l’ex-futur maire de Lyon s’était rallié avec célérité à la candidature d’Emmanuel Macon, dont il abandonne le navire avant la perdition probable.

Il faut avouer que le Lyonnais a sans doute eu du mal à se voir impliqué dans l’affaire Benalla. On a beau aimé les coiffes, on peut avoir regret à porter le chapeau. Gérard Collomb s’était montré distant et critique vis-à-vis de l’exécutif lors de la commission d’enquête parlementaire et les réunions de crise qui ont suivi. Sa mise à l’écart volontaire, l’incertitude de pouvoir revenir dans la capitale des Gaules en 2020, ont décidé l’un des doyens du gouvernement Philippe à quitter la place Beauveau au plus vite. Cette démission rocambolesque, refusée puis accordée par le président de la République, ne s’est pas faite sans heurts : un coup de théâtre a même marqué l’incroyable passation de poste entre Gérard Collomb et l’intérimaire Philippe.

Sur le perron du ministère le 3 octobre, Gérard Collomb patiente. Le Premier ministre impose une humiliation protocolaire au déserteur, et ce dernier décide alors de « passer un message » au chef du gouvernement. Sur le départ, l’ancien ministre revêt une dernière fois le costume de « premier flic de France » en se faisant le porte-parole de troupes inquiètes et désemparées. Alors qu’Emmanuel Macron a posé joyeusement aux côtés d’un dealer et d’un braqueur lors de sa visite aux Antilles le week-end précédent, Gérard Collomb met en garde sur un avenir proche qui s’annonce sombre. « Je suis allé dans tous ces quartiers. La situation est très dégradée. On ne peut plus continuer à travailler commune par commune, il faut une vision d’ensemble pour recréer de la mixité sociale », avance prudemment cet ancien cacique du Parti socialiste qui, à l’instar du maire de Lille Martine Aubry, déplore aujourd’hui les effets des causes qu’il a tant chéries. Puis, engaillardi par sa froide éviction, le Lyonnais crache le morceau : « Aujourd’hui, on vit côte à côte. Moi, je le dis toujours : je crains que demain on vive face à face ».

En somme, Gérard Collomb affirme une vérité trop longtemps non-dite mais sue par tous : la dissociété multiculturelle est un terreau fertile de la discorde civile. Défavorisée mais justifiée par une immigration de masse essentiellement africaine et musulmane depuis 40 ans, la fameuse mixité sociale est un leurre lexical. En réalité, il serait plus honnête de parler d’un projet de mixité ethnique, mais lui-même n’a jamais pu vraiment voir le jour malgré les injonctions permanentes et vaines à la fraternité républicaine.

Surtout, notons qu’aucun media hors Cnews n’a repris cette information capitale et ne l’a traitée avec commentaires et analyses.

Maintenant, que faire ? Si un homme, malgré son passé politique et le lourd prêt-à-penser dû à sa fonction, en vient à tenir un discours qui valide les analyses d’Eric Zemmour avec la connaissance des dossiers de police et du renseignement intérieur, alors il faut s’interroger gravement sur l’imminence de la discorde civile. Celle-ci existe déjà, de manière latente et par soubresauts, mais elle n’est pas encore actée. Les paroles de Gérard Collomb sont d’une gravité exceptionnelle, bien éloignées du soap-opera macronien. Il s’agit ni plus ni moins d’une alerte et d’une mise en garde sur l’état de péril imminent de la République de moins en moins française.

Ces paroles lourdes de sens devraient en appeler à un gouvernement de salut public qui devrait viser en priorité à assurer la sécurité des populations au plus vite, comme la Hongrie et même l’Italie nous le montrent chaque jour, en sachant que la France hérite d’un contexte bien plus dangereux.