Laurent Wauquiez : un énarque au bistro ?

Il est drôle Laurent Wauquiez, même très drôle. Il me fait penser à ces enfants dont l’espièglerie mêlée de naïveté les poussent à redire aux adultes les propos qu’ils ont tenus provoquant tour à tour gêne chez l’un et amusement chez l’autre, tout cela se terminant généralement par une réprimande de bon aloi. Ainsi les confrères politiques de Laurent Wauquiez, après les confidences piratées de son cours à l’EM Lyon, se sont soit esclaffés soit choqués selon leur bord politique et s’ils étaient visés par les propos ou non. Dans le rôle du redresseur de torts, le conglomérat médiatique a effectué son travail de sape de manière unanime après avoir lui-même porté sur la place publique la bonne parole de Wauquiez.

Oh, il n’y a rien de bien dramatique, ni même de scoop extraordinaire, dans les quelques piques de Laurent Wauquiez. Ce sont généralement des remarques de bon sens, ou des jugements sur des personnes dont tout le monde se doute. Finalement, la condamnation médiatique des extraits de conversations ne se fonde pas sur leur teneur mais bien plutôt sur un nécessaire rappel des règles du jeu du prêt-à-penser. La presse est là pour se faire le gendarme de ce qu’il faut dire et ne pas dire.

En libérant sa parole, de manière naturelle et confiante, comme au comptoir d’un bistro de campagne avec de bons amis, Laurent Wauquiez casse le pacte tacite de toute la classe politico-médiatique. Il est important que le spectacle, pour demeurer crédible, ne permette pas d’improvisation, surtout lorsque celle-ci frise le populisme parce qu’elle parle au peuple et qu’elle confirme ce dont il a l’intuition profonde. Je noterai d’ailleurs que Laurent Wauquiez parle dans un contexte quasi privé et à des étudiants en école de commerce : il ne s’adresse pas à une frange populaire de l’électorat mais à la future élite dirigeante, bref au travers d’anecdotes il livre quelques clés à ceux dont il fait ses complices dans l’entreprise de berner le bon peuple. Finalement, la seule information intéressante des commentaires de Laurent Wauquiez, c’est son insincérité profonde de politicien. Pour autant la réaction épidermique et en bloc des médias démontre aussi leur intolérance de plus en plus aiguë à tout discours un tant soit peu libre de la doxa officielle.

Laurent Wauquiez se découvre iconoclaste à son insu ? Il est condamné pour cela par la presse officielle ? Très bien, désormais il peut choisir entre maintenir une parole libre et de bon sens ou rentrer dans le rang en continuant l’usage du double discours sous la bénédiction de l’establishment. Cet épisode sans frais est en réalité un tournant : fais ton choix, Laurent !

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