Le douloureux souvenir afghan

Il y a maintenant six ans jour pour jour, le 30 janvier 2012, le Parlement afghan ratifiait le traité d’amitié et de coopération entre la France et l’Afghanistan, signé le 27 janvier par les présidents Sarkozy et Karzaï.

Six ans plus tard, force est de constater que la situation n’a fait que s’aggraver en Afghanistan, après la vague d’attentats qui a coûté la vie à des centaines d’individus ces derniers jours. Ce traité d’amitié avait pour but principal de substituer à l’aide militaire française, un apport civil sur les aspects économiques, administratifs et culturels. Et il est vrai que la France a payé un trop lourd tribu en Afghanistan, puisque ce sont 90 militaires français qui sont tombés dans ces terres lointaines entre août 2004 et août 2013. Dès lors, devant cet effort français inouï, comment le président Sarkozy a-t-il pu encore engager la France, même civilement, dans un pays où la situation géopolitique était loin d’être résolue ? Comment en 2012, le gouvernement français a t-il eu l’audace de convenir d’un traité d’amitié avec un pays aux dirigeants fantoches qui n’exerçait aucune de ses prérogatives régaliennes ? Comment nos dirigeants de l’époque ont-ils pu occulter qu’au nom de ce traité la France serait engagée, du moins moralement, auprès du gouvernement afghan qui pourrait désormais faire valoir ce traité qui indique que « les deux pays s’engagent à coopérer sans réserve dans la lutte contre le terrorisme » ? Surtout, ce qui devient difficile à distinguer en Afghanistan, c’est la rivalité naissante entre les talibans et Daech, c’est-à-dire entre deux familles d’islamistes qui prétendent faire triompher leur doctrine pour des raisons différentes. La France risque de se retrouver prise au piège puisque déjà des spécialistes du sujet arguent que notre diplomatie devrait choisir entre les talibans et les salafistes.

Nous tenons donc à rappeler notre plus stricte opposition à ce que le gouvernement français puisse choisir entre l’un ou l’autre de ces deux forces du mal, et qu’elle n’hésite pas à dénoncer ce traité d’amitié tant que la situation politique en Afghanistan n’est pas résolue. Car il n’appartient pas à la seule France de supporter les dérives géopolitiques d’un pays dont elle n’est en rien responsable. Il serait temps que Paris en revienne au bon sens !